Contre la Pensée Unique – blog

Création monétaire à l’occidentale

tirelire_criseDans un article de Sylvain Cypel paru dans l’édition en ligne du journal Le Monde, on parle de fraudes financières de type pyramidal de la part d’escrocs (ex : affaire Madoff), de systèmes organisés pour flouer les clients. Mais si on analyse le système de création monétaire “occidental”, on y trouve d’étranges ressemblances, au point de pouvoir dire que le système monétaire moderne est aussi un système pyramidal, exemplaire même.

Généralités

liasse_100_eurosDepuis les débuts de la débâcle financière en septembre 2008, le sujet de la création de monnaie par les banques privées grâce à l’autorisation de réserve fractionnaire est maintenant bien connu, et je ne le décrirai pas en détail ici. Le principe est qu’une banque doit garder en réserve seulement une fraction de l’argent qu’elle prête (typiquement moins de 10%) et donc, si quelqu’un dépose une quantité d’argent M dans cette banque, celle-ci peut émettre environ 10xM argent en crédits à ses clients.

Depuis 1913 aux USA (création de la Federal Reserve le 23 décembre), depuis 1973 en France (article 25 de la loi Pompidou & Giscard d’Estaing du 3 janvier) et depuis 1992 dans toute l’Union Européenne (article 104 du traité de Maastricht) toute monnaie dans le système “occidental” est créée exclusivement par cette méthode. L’argent ainsi créé ne l’est que temporairement, car il est ensuite détruit quand le crédit est remboursé.

Soit.

Système pyramidal ?

Cette méthode de création de monnaie (publique) par des entreprises (privées) est déjà étrange en soi, mais il y a un autre aspect, et c’est celui-là qui en fait un système pyramidal : en effet, la banque qui a fait un crédit de X récupère non pas la quantité X créée, mais une quantité X+Y, où X est le “principal” et Y les “intérêts”. Donc, quand une banque crée X monnaie, elle en récupère X+Y et en détruit X.

Et l’argent Y ? Que devient-il – puisqu’il n’est pas détruit ? D’où vient-il, puisqu’il n’a pas été crée en même temps que X ?

Ce qu’il devient est facile à savoir, puisqu’il va dans la poche de la banque, qui le redistribue à ses actionnaires et à ses clients qui y ont déposé leur argent ayant servi comme réserves.

Mais savoir d’où il vient est plus délicat.

D’où vient l’argent ?

quelle criseUn premier malentendu doit être dissipé tout d’abord : cet intérêt Y n’est pas la richesse créée par l’investissement qu’a permis le prêt, puisqu’on parle ici de monnaie (une quantité comptable) et pas de richesse (une grandeur physique). Pour comprendre ce malentendu fréquent, prenons l’exemple d’un emprunt pour faire pousser des tomates : les tomates qui ont poussé sont de la richesse créée mais on ne peut pas rembourser la banque avec elles (quoi-que, quelques tomates bien mures… mais on digresse). Pour rembourser le prêt, il faudra échanger la richesse physique que sont les tomates contre de l’argent comptable, qui lui pourra servir à rembourser la banque, mais l’argent ainsi récupéré avait déjà été créée auparavant, indépendamment des tomates qu’on a fait pousser. D’ailleurs, si une sècheresse empêche les tomates de pousser il faudra quand-même payer les intérêts à la banque. La quantité de monnaie Y réclamée par la banque n’a aucun rapport avec les tomates, elle n’a pas été créé en même temps que les tomates.

Et donc, l’argent Y de l’intérêt, quand est-il crée, et comment ? Puisque 100% de la monnaie de notre système financier est créé lors d’un crédit, il est aussi forcément créé par un crédit. Mais en même temps, 100% de chaque crédit X sert déjà à rembourser le principal X. Comment cela est-il possible ?

Et là, on se rend compte que la réponse est en fait limpide : cet argent est créé lors d’un crédit dans le futur ! Pour créer l’intérêt Y d’un prêt X, il est nécessaire de faire un autre prêt - que nous appellerons X(n+1) - dont une partie servira à rembourser l’intérêt Y(n) du prêt X(n). C’est une pyramide exemplaire : les intérêts payés par les banques à leurs clients viennent des emprunts réalisés par les clients suivants.

Mais, me direz-vous, si on utilise une partie du crédit X(n+1) pour rembourser les intérêts Y(n), il va alors manquer un peu d’argent pour rembourser le principal X(n+1), en plus de l’intérêt Y(n+1) qu’il faudra déjà payer ! Eh oui, et c’est aussi ce qui caractérise tout système pyramidal, il ne peut fonctionner que si à l’étape (n+1) la quantité d’argent en circulation est supérieure à celle de l’étape (n). C’est pour cela qu’une “croissance” est toujours nécessaires. Croissance de quoi ? De la masse monétaire pardi !

Ceci sonne-t-il trop énorme ? Comment ne nous sommes nous pas rendu compte de la supercherie ? Certains s’en sont rendus compte mais n’étaient pas écoutés. Pourtant, l’objectif affiché d’une inflation à 2% par la FED et la BCE aurait du nous mettre la puce à l’oreille : pourquoi parler de “stabilité des prix” avec une inflation à 2% ? Mais tant que l’économie réelle – physique – croissait, la croissance de la masse monétaire passait inaperçue (pour le plus grand nombre en tout cas). Tandis que maintenant que l’économie réelle ne peut plus croitre pour des raisons externes – stabilisation de la démographie, atteintes des limites des ressources naturelles, pollutions en tout genres – la croissance de la masse monétaire devient artificielle et le principe pyramidal devient apparent. Et comme tout système pyramidal, il est appelé à s’effondrer quand le nombre de participants n’augmente plus.

Ce n’est donc pas à une “crise” financière que nous assistons mais à un “effondrement”. Ce n’est pas aux USA de la Grande Dépression de 1929 qu’il faut comparer la situation actuelle mais à l’Union Soviétique après la chute du Mur de Berlin de 1989. Et si l’on fait cela, les perspectives (et les décisions nécessaires) changent radicalement. On se rend alors compte dans ce cas que les pelletés de centaines de milliards balancés sur les banques ne sauveront pas le système, qui ne pourra – par définition – pas garantir une croissance infinie.

(Source)

Ressources vidéo

La dette publique, une affaire rentable par André-Jacques Holbecq

L’argent-dette de Paul Grignon – Télécharger

Ressources vidéo complémentaires

  1. Alain Surmely, le 9/05/2010
    avatar

    « Les caisses de l’État sont vides » : voyons d’un peu plus près ce qui signifie (et cache) cette affirmation.

    I/ Le coût de la dépendance de l’État vis-à-vis des marchés financiers + l’injustice fiscale = 190 Milliards d’euros de manque à gagner par an

    • Le montant de la dette publique publique était, suivant des sources fiables, à la fin de l’année 2009 de 1489 milliards d’euros, soit 77,6 % du PIB (soit les 3/4 des richesses produites annuellement par la France). Depuis 1980 l’État français a versé aux marchés financiers plus de 1150 milliards d’euros d’intérêts et continue à verser annuellement à ces organismes financiers 50 milliards d’euros au titre des intérêts de la dette. Ces 50 milliards correspondent à ce que l’on appelle la charge de la dette (intérêts seuls) tandis que 30 milliards sont versés au titre du capital remboursé. La charge de la dette est le 2 ème poste budgétaire de l’État.
    • L’État n’étant plus autorisé depuis 1973 à emprunter auprès de la banque de France, bien qu’elle soit propriété de l’État, et ne pouvant pas davantage emprunter à la Banque Centrale Européenne (depuis les accords de Maastricht de 1992) doit recourir également à des institutions privées, aux marchés financiers afin de financer ses besoins (investissements, frais de fonctionnement.. etc.). Ces établissements financiers-banques, organismes de crédit-créent ou émettent alors de la monnaie et demandent à leur créancier-à savoir l’État français-de leur verser, en sus du capital remboursé, des intérêts qui s’élèvent annuellement à 40 milliards d’euros (300 milliards d’intérêts annuels versés aux banques privées dans la zone euro), selon les calculs et chiffres avancés par la très sérieuse étude dûe à André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder (La dette publique, une affaire rentable. A qui profite le système ? Ed. Yves Michel, 2008).
    • C’est donc toute la collectivité domiciliée en France qui est contrainte de supporter le poids de plus en plus lourd de cette dette, à payer les frais liés à la dépendance de l’État vis-à-vis des marchés financiers. Le coût de cette dépendance s’élève annuellement à 90 milliards d’euros, l’État français ayant perdu le monopole (droit régalien par excellence) de l’émission monétaire, ce rôle étant dévolu à des institutions privées (pour l’essentiel) et l’État ne pouvant emprunter ni auprès de la banque de France ni auprès de la BCE les traités européens l’interdisant expressément.
    • A cette dépendance vis-à-vis des marchés financiers il faut ajouter un ensemble de mesures ou pratiques dûes à des particuliers ou sociétés privées qui relèvent de l’injustice fiscale. Ainsi, on estime (là encore nous en sommes réduits à des estimations mais les ordres de grandeur restent tout-à-fait significatifs) à 50 milliards d’euros le manque à gagner dû à l’évasion fiscale (pour échapper au fisc, à l’impôt) chaque année. Les niches fiscales (un ensemble de dispositions qui relèvent presque toutes de l’inéquité quand ce n’est pas l’injustice la plus inadmissible) représentent, à ce jour, un manque à gagner, pour l’État, de 50 milliards d’euros par an. Le « bouclier fiscal », contrairement à certaines idées reçues, ne fait perdre à l’État, « que » 600 millions d’euros par an. Mais la symbolique dont il est porteur est très significative : l’État envoie des chèques aux montants non dérisoires, au nom du Trésor Public, à des gens déjà très riches.

    II/ Mettre fin à la dépendance de l’État vis-à-vis des marchés financiers + mettre fin aux privilèges fiscaux = dette publique réglée en un peu plus de 5 ans malgré une conjoncture économique défavorable

    L’ensemble des dispositions – datant pour certaines des années 1970 – et contraintes détaillées ci-dessus permettent d’estimer à 190 milliards annuels le manque à gagner, pour les finances publiques : dépendance vis-à-vis des marchés financiers pour moitié, l’autre moitié étant imputable à l’inégalité des Français devant l’impôt ou, si l’on préfère, à l’injustice fiscale. On peut pourtant estimer à environ cinq ans le temps nécessaire à l’État français pour régler la question de la dette publique. Pour ce faire, l’État doit tout d’abord reprendre le contrôle de l’émission monétaire – via la nationalisation des banques/organismes de crédit et la remise en cause des traités européens – afin de s’affranchir des marchés financiers. Les marchés financiers sont en train d’étrangler l’État français (ainsi que d’autres États) au moyen de l’explosion de la dette publique. Ensuite, il convient que l’État français mette un terme à ce que l’on peut appeler des privilèges fiscaux. Ces privilèges fiscaux sont, certes, un forme efficace de clientélisme électoral et une excellente méthode pédagogique inculquant l’incivisme comme la haine de l’intérêt général et de la patrie mais ils font désormais courir à la France des risques qu’il conviendrait de ne plus dissimuler à la population. En effet, le manque à gagner, que l’on peut estimer globalement à 200 milliards par an, actuellement supporté par l’ensemble de la population (sans-papiers compris) a fait exploser la dette publique et sa croissance est continue. Les efforts demandés à la population, encore récemment, ne suffiront pas à enrayer la croissance de cette dette. Il n’y aura pas le compte. Donc, il est prévu d’allonger la durée du travail, c’est-à-dire la durée des cotisations retraite, en repoussant l’âge de départ à la retraite, les salaires des fonctionnaires resteront bloqués, l’emploi sera davantage précarisé afin de satisfaire les exigences des entreprises elles-mêmes dépendant des établissements financiers auxquels elles versent des intérêts, l’ensemble des dépenses publiques seront encore diminuées (baisse des crédits pour l’éducation, la recherche, vente du patrimoine de l’État, etc.) car rendues responsables de la dette publique. Les dépenses publiques viennent d’ailleurs d’être gelées jusqu’en 2013. Il n’y aura toujours pas le compte étant entendu que la croissance, suivant les anticipations/estimations produites par des organismes tels que l’OCDE, sera presque nulle. Ainsi, il sera nécessaire de faire appel au Dr Strauss-Khan qui, comme chacun sait désormais, est un expert pour appliquer la méthode du garrot.

    Un citoyen français qui a pris quelques heures pour voir d’un peu plus près ce que l’on entendait par « dette publique » et les moyens permettant de la régler à moins que la disparition de l’État ne soit déjà programmée.

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