
Dans cet article nous illustrerons la profondeur de l’analyse de la psyché effectuée par Jung, et nous démontrerons comment cette approche de la psychanalyse rejoint la définition que nous donnons au mot métaphysique.
L’analyse de la psyché, par Jung.
Contrairement à Freud, l’approche de la psychanalyse de Jung ne se limite à la sexualité. Pour autant, la psychanalyse de Freud a le mérite d’exister mais elle n’explique pas tout. Rappelons la définition du mot psychanalyse, mot inventé à la suite des études menées par Freud : comme son nom l’indique, c’est l’analyse de la psyché dont la définition : ensemble des processus psychiques sur le fond desquels s’établit l’unité personnelle ou, dit d’une autre manière, étude des principes psychiques universels conduisant au processus d’individuation. Cette analyse ne peut se faire que dans le cadre de l’étude exhaustive des mécanismes et des fondements de la psyché et non uniquement bornée aux limites qu’impose l’étude des pulsions sexuelles (image certes simpliste mais néanmoins parlante des travaux de Freud).
Cette étude, selon Jung, s’effectue à différents niveaux. Le niveau le plus inférieur et le moins superficiel, donc le niveau fondamental sur lequel repose toutes les strates de la psyché est l’inconscient collectif. Le second niveau est celui qui nous met directement en relation avec le monde qui nous entoure et que l’on appelle le conscient. C’est un processus d’adaptation à l’environnement dans son expression la plus exhaustive. Et enfin, le niveau supérieur de la psyché nous amène sur des plans de conscience supérieure et, pourrait-on dire universels, puisque ceux-ci, que le sujet en soit conscient ou non, le baignent dans les limbes de la conscience cosmique. Ils définissent pour l’homme le but ultime de l’évolution. On parle de la supraconscience.
Il me semble important ici d’approfondir quelque peu cette notion de conscience, puisque c’est à travers elle que vont évoluer les différents cycles des civilisations passées, présentes et futures. Les informations qui suivent, et qui sont inspirées du livre « Le Soleil de Shamballa » d’Olivier Manitara, ne font pas partie de la psychanalyse à proprement parler. En revanche elles déterminent les différentes étapes par lesquelles l’être humain, l’humanité est passée et passera tout au long de son existence.
L’acquisition de la soi-conscience est inhérente aux grands cycles du temps. Il faut savoir que l’évolution de la psyché se déroule par gradations successives et suivant sept degrés, et que l’humanité tout entière devait passer par sept grandes civilisations suivant la loi des cycles. Il faut préciser ici que ces sept civilisations sont inclues dans un seul cycle qui fait lui-même partie des sept grands cycles. C’est ainsi qu’à un autre point de vue, l’humanité est, en ce moment, à son quatrième grand cycle d’évolution — (Cf. « Voyage vers la connaissance du Soi », Chap. VII, tableau p. 228).
7 niveaux de conscience
Résumons ici succinctement les quatre premières périodes (d’un cycle qui en compte sept), correspondant aux quatre niveaux de conscience atteint par l’humanité.
- La première étant, suivant la tradition cabalistique, « la période hyperboréenne ». Elle correspond au plan de l’inconscience. Il nous reste de cette période le règne minéral. Le règne minéral étant le moins involué dans la matière, il est le plus proche du monde divin. L’Esprit universel ne se manifeste pas dans la matière dense, sinon à une échelle microscopique. Ce monde correspond à un état d’inconscience en Dieu (où « Dieu » représente le Principe de la vie universelle).
- La deuxième période s’appelle, selon la même tradition, « la lémurie » : elle correspond au règne végétal et figure les prémices d’une conscience collective. La matière végétale moins dense que le minéral permet à l’Esprit de se manifester de façon subtile mais perceptible. Ce niveau atteint par l’humanité en chemin correspond au plan de la subconscience.
- La troisième période correspond à « l’ère Atlantéenne » pour laquelle le règne animal nous fournit un symbole sur lequel nous pouvons méditer. L’humanité s’éveille et s’adapte à son environnement. Les composés organiques présents dans le monde animal et humain permettent maintenant à l’Esprit de se manifester pleinement et d’animer la créature qu’il incarne. C’est une période charnière où les liens cosmiques ne sont pas encore rompus. Cette ère correspond au plan de la conscience.
- La quatrième période, la nôtre, correspond à la période dans laquelle l’humanité s’éveille à la soi-conscience. L’Esprit se détache des influences cosmiques (dont il représente maintenant un fragment) et s’identifie à la persona dont il revêt l’habit.
Les trois périodes suivantes, que devra explorer l’humanité, sont :
- La cinquième période, qui, selon la loi des cycles, commence vers 2200 après J.-C. Elle correspond à la supraconscience où l’homme rétablit une connexion avec le monde cosmique, donc universel, à qui il doit sa naissance.
- La sixième et la septième période correspondent respectivement à la conscience solaire et à la conscience divine.
Approche de Jung
Après cette digression, reprenons cet exposé sur ce qui caractérise la psychanalyse de Jung. Cette division de la psyché en trois éléments (l’inconscient collectif, le conscient et la supraconscience), pour être mieux comprise, doit maintenant être expliquée.
L’inconscient collectif est, en quelque sorte, la mémoire commune à toute l’humanité. Elle se forme tout au long des différents cycles de l’évolution de l’ensemble des civilisations et tribus qui ont peuplé la Terre (d’où l’explication des différents niveaux de conscience ci-dessus). L’on parle d’inconscient parce que celui-ci ne s’exprime pas, ne se manifeste pas directement. Il n’est pas en avant plan, ni même en arrière plan de nos pensées ; c’est un dossier qui se dissimule sous une pile de livres, ceux de notre propre vie, et il faut par conséquent soulever le poids incommensurable de ces livres pour atteindre ce dossier.
Le conscient, quant à lui, se trouve façonné depuis notre plus tendre enfance par notre entourage familial, notre scolarité, nos convictions religieuses, les influences de la société, etc. Du reste, il n’est pas figé et il se façonne tous les jours de notre vie selon le métier, les études, qu’elles soient ou non universitaires (je veux parler des gens qui s’instruisent quotidiennement), selon notre mode de vie, etc. Bien que le conscient paraisse comme la réalité la plus objective, nous verrons par la suite qu’il n’en est rien et que sous le voile de la conscience du Moi se cachent des réalités pour certaines inconcevables pour un esprit non entrainé. La société nous pétrit de tous ses éléments qui chaque jour nous façonnent davantage nous empêchant ainsi d’avoir un jugement critique, tant nous sommes conditionnés pour regarder dans une direction oubliant du même coup toutes les autres. Et cela vaut pour chacun de nous, de l’ouvrier aux scientifiques. La qualité et le niveau des études de notre scolarité ne sont pas des avantages pour comprendre la vie universelle. Ils pourraient même être des obstacles pour les doctorants, les scientifiques, tant le conditionnement est poussé jusqu’à son paroxysme.
La supraconscience n’est pas exprimée en ces termes par Jung. Elle est cependant suggérée en tant que telle dans ses ouvrages. Ce vocable est, par contre, utilisé par les cabalistes et aussi par Shri Aurobindo (Cf. La vie divine 1). Sir John Woodroffe alias Arthur Avalon, dans « La puissance du serpent », parle de Conscience universelle.
Dépassant le formatage institutionnel, l’être humain dégagé du carcan éducatif, social ou religieux, pénètre alors dans des dimensions inconnues du simple mortel. Les voies du Seigneur sont impénétrables, sauf pour celui qui possède la clef. Cette périphrase connotée religieusement et que j’utilise ici à dessein, impose une analyse plus fine pour en dégager les vérités fondamentales : l’image mystique du Seigneur suggère la vibration cosmique à l’origine du Tout. Néanmoins cette image anthropomorphique de la réalité cosmique (tout est vibration et énergie) permet une projection sur laquelle l’humanité peut se fixer pour réaliser et atteindre la perfection. Du reste, les bouddhistes utilisent le même subterfuge lorsqu’ils se servent des dhyâni-bouddhas lors de leur méditation. Le cerveau, l’être humain a besoin d’une image, d’un modèle, pour évoluer.
L’aspect Jungien de la psychanalyse n’exclut pas celui de Freud mais le complète merveilleusement en étendant le champ d’investigation de la psyché à une échelle universelle, c’est-à -dire en se rapprochant des fondements de l’être, en tant qu’individu, qui évolue non plus dans une société qu’il voit pour seul modèle mais, au contraire, dans une approche universelle, pour ne pas dire cosmique, qui justifie l’être dans une perspective ontologique et le resitue à sa juste place dans une hiérarchie où l’homme n’est que le vouloir d’une intelligence supérieure, tout en justifiant, par sa présence en tant qu’être, le besoin de cette création universelle donc cosmique. Nous nous rapprochons donc d’une approche métaphysique de l’étude de l’être humain en tant que partie d’un Tout dont il justifie l’existence. C’est l’approche voulue par Jung, et, c’est de cette manière qu’il se distingue des autres écoles ayant pour sujet l’étude de la psyché. La psychanalyse de Jung est, à mon sens, la seule valable pour approcher un sujet aussi complexe. Par cette analyse l’humanité pourra entrevoir la logique eschatologique individuelle et universelle. Tout processus d’évolution est nécessairement voué à une fin, dans le sens du complet achèvement. Cette fin est, pour l’homme, le retour au principe originel dont il est issu.
« La vie, ce parcours difficile, s’effectue au sein d’un paysage vallonné où chaque sommet cache la montagne suivante. Après de multiples déconvenues, et alors que nous croyons être sur le point d’arriver au pied de la montagne et du sommet final, une crevasse. Négligeant ce dernier obstacle par un surplus d’expériences et par manque de vigilance, le promeneur, l’alpiniste, tombe immanquablement. Le dénouement de cette situation tragique ne pourra trouver une fin heureuse que si le randonneur est habitué aux dangers de la montagne, donc de la vie. Il aura anticipé et emmené avec lui le cordage salvateur. Ainsi, il pourra poursuivre son chemin vers ce sommet qui, au premier abord, semblait être à sa portée. »
Enki Belen
Outre les différents aspects de la conscience, Jung s’intéresse à la personne dont l’origine latine persona signifie masque. Il souligne combien, dans notre société, l’individu revêt le masque profitable à chaque situation. Dans l’exemple qu’il donne, le cordonnier ne peut pas être en même temps poète et encore moins revêtir la tenue du pasteur, ne fusse que pendant les offices. Personne ne donnerait de crédit aux multiples personnalités que revêt cet individu car, pour la société, un seul de ces personnages est crédible. La vie est une pièce de théâtre où chacun, à un moment donné de la journée, s’affuble du masque correspondant.
« Ces identifications avec le rôle social constituent d’ailleurs une source abondante de névroses »
C. G. Jung
L’individu est donc conscient du rôle qu’il joue dans la société et il s’applique à l’incarner au détriment de sa vraie nature qui passe en arrière plan. D’ailleurs, seuls ceux qui font un réel travail sur eux-mêmes connaissent leur vrai Moi.
La découverte du Soi est encore plus ardue, presque inaccessible pour le commun des mortels. Elle nécessite un réel abandon, pour l’être humain, de toutes ses personnalités et de l’ego ; personnalités qui fragmentent l’individu en une multitude de facettes auxquelles le Moi s’identifie journellement. Dans la vie privée, lorsque l’inconscient (l’anima) reprend les rênes de la personnalité (persona), tous les traits du caractère professionnel s’estompent pour laisser place, le plus souvent, à une figure aux antipodes de celle que ce même individu incarne lorsqu’il se rend au travail. L’homme opprimé et soumis durant son travail, opprimera à son tour sa femme lorsqu’il rentrera, et la soumettra à ses exigences.
La personnalité timide et soumise qu’il incarne durant les heures de travail se métamorphosera en une personnalité autoritaire et sûre d’elle, lorsqu’il est à la maison. La frustration qu’il subit dans son travail se transforme en une puissance autoritaire jubilatoire lorsqu’il est en famille.
Dans l’exemple que je cite, c’est l’anima qui s’oppose à la persona, selon les termes utilisés par Jung. Il nous précise :
« On comprend que l’anima, le pôle opposé à la persona, persiste reléguée dans l’obscurité la plus totale, dans une nuit impénétrable à la conscience. »
Jung fait ici référence à cette opposition tragique des contraires existant entre l’intérieur et l’extérieur, ce à quoi tout être humain est confondu et doit faire face. De cette opposition naît l’énergie inhérente à tout processus vital, de fait, elle est inéluctable pour l’autorégulation. L’être humain est donc contraint, par ce phénomène, à trouver en lui-même l’équilibre, l’harmonie sur laquelle il doit rester accordé. C’est le déséquilibre de ces forces qui favorise la maladie, qu’elle soit psychique ou physique. D’ailleurs, le plus souvent, les deux sont intimement liés.
- Le Soi, l’Atman disent les hindous, c’est l’Esprit immortel qui anime chacun de nous en tant que fragment de l’Esprit universel, ou Brahman. Certaines traditions parlent de l’âme. En Asie l’on préfère parler du Soi auquel, après de multiples incarnations, l’être humain doit s’identifier une fois dépouillé des différentes enveloppes qu’il revêt durant le cycle de ses vies terrestres — (Cf. « Voyage vers la connaissance du Soi », Le cycle de la vie éternelle p. 206).
- Le Moi, quant à lui, est la personnalité passagère, éphémère, que l’individu incarne lors de chaque passage dans le monde de la matière sensible que nous nommons, sans doute à tort, monde du vivant. Car tout est vie, qu’elle soit ou non incarnée. Le Moi disparaît avec la mort (physique) de l’individu, tandis que l’Esprit, le Soi, perdure. C’est la seule réalité, fut-elle intangible et insaisissable pour notre conscience égarée dans les vicissitudes de la vie moderne.
Le Soi est occulté par le Moi qui lui-même est enveloppé dans la persona à laquelle l’individu s’identifie durant la vie terrestre au sein de laquelle il s’adapte. En tant que Moi , il représente un fragment de la conscience universelle.
Le but ultime de la vie pour Jung, qui rejoint ainsi les différentes philosophies asiatiques, est de se débarrasser de ces multiples enveloppes que tout individu possède durant ses multiples incarnations mais, précise-t-il :
« Pour ce qui est de l’anima (1), par contre, on ne parvient à se différencier d’elle qu’au prix des plus grandes difficultés et des plus grands efforts, pour la bonne raison précisément qu’elle est invisible et difficilement discernable. »
(1) Jung, en parlant de l’anima, fait ici référence à l’inconscient.
Toutes les citations de C.G. Jung sont issues de son livre « Dialectique du Moi et de l’inconscient » qui est un ouvrage majeur et incontournable. Pour ceux qui voudraient approfondir ces différents sujets sur l’étude de la psyché, je leur recommande également l’ouvrage de Shri Aurobindo « La vie divine 1 ». Pour poursuivre cet exposé sommaire de la psychanalyse de Jung, nous parlerons dans un prochain article de la conscience incarnée et de la conscience non incarnée ; thèmes issus du livre d’Arthur Avalon « La puissance du serpent ».














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